• Maman,

    ma très chère maman,

    Quelle fichue année que cette année 2010.

    Jusque là, jamais une hospitalisation, jamais une maladie, jamais la moindre alerte .
    Et puis tout commence le jour de l'an, pendant que tout le monde s'amuse et se souhaite bonne santé, tu nous fais une hémorragie cérébrale.
    On pense au pire et nous nous rendons aussi compte de la place énorme que tu prends dans notre vie.
    Mais tout cela n'était qu'un avertissement, un peu comme si tu voulais nous préparer au pire.
    En effet, tu as été tellement forte que tu as pu récupérer en quelques semaines à peine.

    Et puis ce sera les opérations de la cataracte aux deux yeux, les dernières dents à remplacer et enfin cette toute petite boule au sein que tu découvres presque par hasard.
    Première opération de ta vie, premières complications aussi ... Et on se rend compte tout à coup que tu n'es pas si forte que cela.

    Tu sors à peine de l'hôpital et fidèle à toi-même tu ne veux déranger personne : Tu essaies de prendre le bus et tu t'écroules aussitôt sur le sol. Deuxième avertissement : tu es finalement beaucoup plus faible que tu ne peux le laisser paraître.
    Et puis vient l'épreuve de la chimio. Tu attends que l'on rentre de vacances pour commencer ton traitement. Il ne faut pas risquer de gâcher les vacances des enfants, bien sûr !
    Et puis vient cette fameuse nuit où tu nous appelles à 4 heures du matin parce que tu ne vas vraiment pas bien. Je t'ai emmené aux urgences sans jamais imaginer que je te faisais faire ton dernier voyage. On y a tous cru, toi aussi, mais ton cour était trop fatigué et il t'a lâché.

    Ce coeur qui a toujours fait de toi la plus merveilleuse des mamans.
    Quelle abnégation, quel dévouement envers la famille !!! Toujours prête à te sacrifier pour nous.
    Tu nous as consacré ta vie entière pour que nous soyons les plus heureux possible.

    Enfant, tu m'as apporté les meilleures bases pour réussir ma vie.
    L'éducation, pour toi, ce n'était pas un vain mot.
    Toujours derrière moi, pour me faire étudier
    Toujours prête à me faire répéter mes leçons ou à lire mes livres pour m'aider à les résumer.
    Je me souviendrai toujours de ce soir en période d'examen, où vers 22 heures avant de fermer mon cartable, je me suis rendu compte que j'avais confondu les jours et que je n'avais pas étudié la bonne matière pour le lendemain. Moi j'étais prêt à tout laisser tomber et ne pas me présenter le lendemain à l'école.
    Mais tu as pris le temps de me convaincre qu'on pouvait y arriver. Tu m'as appris à ne jamais laisser tomber les bras.
    Tu as passé la nuit entière avec moi à me faire étudier. Et le lendemain, on a réussi.
    Je dis 'On' car je n'étais jamais seul. Tu étais toujours derrière moi.

    Et puis, il n'y avait pas que l'école, il y avait aussi les loisirs.
    De la Sagrada Familia aux grottes bleux, d'Erculanum à la petite sirène de Copenhagen, papa et toi, vous m'avez fait découvrir l'Europe dans votre fameuse caravanne wawa.
    Car pas question d'aller à l'hôtel : papa ne mangeait pas n'importe quoi et au moins avec toi on savait ce qu'on avait dans son assiette. Et puis, tu faisais tellement bien à manger, peut-être même un peu trop bien pour moi d'ailleurs.

    Puis ce fut l'adolescence, et tu étais toujours là.
    Pas question pour moi d'avoir une moto à 16 ans : c'était trop dangereux. La moto c'est pour aller se tuer, tu disais. Par contre, le jour même de mes 18 ans, tu m'offrais les clés de l'auto dont je rêvais.

    Enfin, est venu l'âge de voler de mes propres ailes. Tu as endossé un nouveau rôle : celui de jolie maman. Peut-être le plus difficile pour toi car tu devais me partager avec une autre femme.
    Mais tu as vite compris que j'avais fait le bon choix. Tu as tout de suite accepté Marilyne et elle a vite fait partie de notre famille.
    Tu as su te montrer convaincante pour nous garder auprès de toi.
    La porte de ta maison était toujours grande ouverte pour nous.

    Pas de souci non plus pour notre maison : papa et toi, vous nous avez aidés à remettre à neuf la maison de mamy pour y habiter. Et quand je dis aider, avec toi, ce n'est pas un vain mot.
    Car en plus d'être bonne ménagère, tu étais aussi la une manoeuvre formidable.
    Faire du mortier, Couler les joins du carrelage, mettre en couleur, coller le tapis plein, monter une cuisine équipée, monter l'électricité, poser des dalles de bordures, pousser des brouettes ... et j'en passe.
    Tu as toujours été à côté de nous pour nous aider du mieux que tu pouvais.
    Et quand nous étions fatigués et que nous avions l'envie de souffler, tu repassais aussitôt dans les casseroles pour rassasier les troupes.
    Comme l'a souvent dit papa : tu n'arrêtais jamais.

    Et les seuls moments où je t'ai vraiment vue versé une larme, c'est quand on t'empêchait de venir travailler avec nous pour te forcer à te reposer.

    Puis m'est venue l'envie de construire une maison.
    Et à nouveau tu étais là. Je me souviendrai toujours de cette fameuse phrase. Construis ce que tu souhaites, ne t'occupe pas du budget. Si tu n'as pas assez d'argent, je paierai la différence.
    Autant te donner tout ce qu'on a quand tu en as vraiment besoin plutôt que quand tu seras trop vieux.
    Et puis pas question que le travail soit mal fait. Papa et toi, vous étiez tous les jours sur le chantier pour contrôler la qualité des travaux.

    Oui tu as vraiment été une mère formidable .

    Mais tu es aussi devenue une grand-mère exceptionnelle !
    La naissance de Timothy et ensuite d'Amaury, c'était comme une deuxième vie qui commençait pour toi.
    Tu étais la mamy qui venait les rechercher tous les jours à l'école, la mamy qui les faisait répéter leurs leçons, celle qui préparait des gâteaux pour les fêtes à l'école ou à la maison, la mamy qui préparait leur repas, celle qui suivait Amaury dans toute la cuisine avec la fourchette pour qu'il termine son assiette, car chez toi ... C'était toujours important de terminer son assiette !

    Tu étais aussi la mamy qui dormait à l'hôpital auprès de Timothy lorsqu'il a fait son invagination ou d'Amaury lorsqu'il a fait son rhume de la hanche, celle qui jouait aux cartes avec eux pour les distraire et surtout les calmer, celle qui était présente tous les samedis sur les cours de tennis pour suivre leurs entrainements ou pour les voir progresser en interclubs.
    Tu as tout fait pour leur inculquer les vraies valeurs dans la vie, et même si tu as du beaucoup crier sur eux, je peux t'assurer qu'ils ont bien compris aujourd'hui ce que tu attendais d'eux.

    Une mère aussi formidable et une grand-mère aussi exceptionnelle, ça fait évidement un grand choc de la voir partir de façon aussi subite.

    Après une vie aussi active et mouvementée, il est enfin temps que tu puisses te reposer en paix.
    Marilyne et moi, nous reprenons le flambeau.
    Ne crains rien, nous allons bien nous occuper des petits.
    Timothy a quatorze ans et peut déjà se débrouiller tout seul.
    Quant à Amaury, il est encore un peu jeune mais ce petit homme a déjà un caractère bien trempé et il appendra rapidement, j'en suis sûr.

    Et enfin, il reste le tout petit. Tu sais de qui je veux parler.
    Que va-t-il faire sans toi après autant d'années d'amour, autant d'années à tout partager ?
    Seul, il est un peu perdu. Il se demande comment va maintenant être la vie sans toi.
    Surtout ne te tracasses pas, on veillera sur lui.
    En quelques jours, il a déjà appris à mettre ses appareils auditifs tout seul.
    Timothy et Amaury viendront le voir tous les jours en rentrant de l'école.
    Et nous serons toujours près de lui quand il aura besoin de nous.
    S'il est courageux, je te promets: tout ira bien.

    Dors bien, maman, repose en paix. Tu l'as bien mérité.

    Tu resteras présente à tout jamais dans nos coeurs.

    Rudy




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